LE BANQUET DES ARISTOS*
Un jour des aristos, tous de forte nature,
Voulurent qu’un banquet devienne une aventure
Dont on se souviendrait bien longtemps après eux,
Quitte même à passer pour des gens odieux.
Ils étaient tous nantis chanceux et très cyniques,
Voulaient faire un exploit, qu’ils désiraient unique.
Il faut disait l’un deux, faire une connerie,
Que même dans cent ans encore l’on en rit.
Ils avaient pour soucis et pour simple tourment,
Que de boire beaucoup et passer un moment.
Ils étaient bons clients connaissaient la fortune
On était prêt pour eux à décrocher la lune.
Les restos ne pouvant plus rien leur refuser,
Et eux, de jour en jour devenus des blasés,
Voulurent ce jour là, pour divertissement,
Voir comment brûlerait leur établissement.
Quel en était le coût ce n’était pas problème !
Ils n’allaient même pas discuter le barème.
Au patron stupéfait, ils posent la question,
Celui ci devient blême, voit venir l’exaction,
Surestime le prix pour les décourager,
Mais l’un, un peu plus saoul, à moitié enragé,
A sorti son briquet, et dans un geste infâme,
Allume les rideaux qui aussitôt s ‘enflamment.
Le patron de crier : -rien ne sera plus grave !
Car vous allez aussi faire brûler ma cave !
Et tous mes grands pétrus et mes châteaux Yquem
Vont périr dans la flamme et vous savez combien !
J’aurais aimé pour vous que vos palais gourmands
Puisent dans leur nectar, d’agréables moments !
L’argument à du poids, car dans un temps record, Les convives aussitôt, dans un parfait accord,
Au nom de ces grands vins, s’indignent et s’accusent
Eteignent tous le feu, présentent leurs excuses,
Et se frappant le front soutiennent mordicus,
Qu’ils n’avaient pas pensé à leur grand dieu Bacchus.
Et quelques jours après les rideaux remplacés,
Chacun voulu bien sûr oublier ces excès ;
Mais le patron savait que sans ses fameux vins
Il aurait vu brûler sa maison bien en vain ….
Roger * Une scène des années folles