Texte de Djemila Benhabib,
lu devant les sénateurs au palais du Luxembourg à Paris fin novembre 2009*
> > MISSION PARLEMENTAIRE SUR LE VOILE INTEGRAL
> > par Djemila Benhabib, auteur d'un ouvrage critique
> >
Mesdames les sénatrices, Mesdames les présidentes, Mesdames et messieurs les dignitaires,
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Que se passe-t-il ?
La France est-elle devenue malade ?
Le voile islamique est souvent présenté comme faisant
> > partie de « l'identité collective musulmane ». Or, il
> > n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman
> > partout dans le monde. S'il a une connotation
> > particulière, elle est plutôt politique surtout avec
> > l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979.
> > Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la
> > peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.
> >
> > Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme
> > en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a
> > quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment
> > précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile
> > dans les salles de classe. Pendant mon enfance et
> > jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le
> > port du voile islamique était marginal autour de moi. À
> > l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni
> > parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.
> >
> > Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise
> > inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures
> > est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la
> > France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse
> > des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent
> > des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est
> > indissociable de celui de Djamila Boupacha. C'est peu
> > dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est
> > un grand pays et ceci vous confère des responsabilités
> > et des devoirs envers nous tous, les petits. C'est
> > d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards
> > sont tournés vers votre commission et que nous attendons
> > de vous que vous fassiez preuve de courage et de
> > responsabilité en interdisant le port de la burqa.
> >
> > Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961,
> > pour la première fois dans l'histoire, une femme, une
> > avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative
> > lors d'une élection partielle. Son nom est Claire
> > Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un
> > vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le
> > port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée
> > législative, on la force à se couvrir la tête pendant
> > les sessions. Elle refuse. C'est le scandale.
Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative ! »
Elle résiste et obtient gain de cause.
> >
> > Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis
> > fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le
> > résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont
> > engagés des millions de femmes et d'hommes épris de
> > liberté et de justice. J'ose espérer, monsieur
> > Gérin, que la commission que vous présidez tiendra
> > compte de tous ces sacrifices et de toutes ces
> > aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.
> >
> > A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je
> > souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots,
> > c'est la suivante. Entre une certaine gauche
> > démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le
> > laisser-faire et la complicité des gouvernements nous
> > avons la possibilité de changer les choses, plus encore
> > nous avons la responsabilité historique de faire avancer
> > les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte,
> > responsables de notre avenir et de celui de nos enfants.
> > Car il prendra la direction que nous lui donnerons.
> > Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde.. Par nos
> > gestes, par nos actions et par notre mobilisation.
> > Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un
> > pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous
> > appartient. La femme est l'avenir de l'homme disait
> > Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent
> > aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout.
> >
> > Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir :
« On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit
> > écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela
> > résonne chez les autres. »
J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.
> >
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> > *Djemila Benhabib*
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> > Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13
> > novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout",
> > organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit
> > International des Femmes